La Blockchain est un phénomène à la pointe de l’innovation. Le nombre de startups sur le sujet explose, les investisseurs mobilisent d’ores et déjà des sommes gigantesques, les banques et compagnies d’assurances créent des “labs” pour s’assurer de ne pas louper cette innovation.

Certains experts prétendent que la Blockchain va probablement révolutionner notre société autant que l’Internet en son temps.

Il ne se passe donc pas un jour où l’on ne parle pas de Blockchain, mais le concept est-il vraiment clair pour vous ?

Au travers de cet article de 15 minutes, vous comprendrez de quoi il s’agit.

Qu’est-ce donc la Blockchain ?

Si le nom de Blockchain ne vous dit rien, vous avez sûrement déjà entendu parler de Bitcoin. En fait, la Blockchain est la technologie sous-jacente à Bitcoin.

Voici une courte définition:

La Blockchain est une technologie qui permet de transmettre des informations, de les stocker de façon transparente et sécurisée, sans avoir besoin d’un organe central de contrôle ou de validation.

Vous n’avez toujours pas compris ? Rien de grave !

Voici 3 exemples concrets du rôle de l’organe central ou de l’intermédiaire.

Exemple 1

Vous souhaitez payer la facture d’un commerçant par virement bancaire. Vous allez donc transmettre une information (l’argent) au commerçant, en passant par une banque qui va contrôler et valider qu’il s’agit bien de votre compte, que vous avez assez d’argent sur votre compte, transférer l’argent au commerçant, et enfin garder une trace de l’opération dans ses registres.

Dans notre exemple, c’est la banque qui joue ainsi le rôle d’intermédiaire pour le transfert et d’organe central de contrôle et de validation (tiers de confiance).

Exemple 2

Vous souhaitez vendre votre appartement, transmettre le titre de propriété à l’acheteur et recevoir son paiement. Vous allez donc passer par un notaire qui va recevoir l’argent de l’acheteur, faire le nécessaire pour contrôler que votre titre de propriété est bien valable, vous transférer l’argent et enfin transmettre le titre à l’acheteur. Il va ensuite garder une trace de la transaction dans ses registres.

Dans cet exemple, c’est le notaire qui joue le rôle d’intermédiaire pour le contrôle, le transfert du titre et du paiement (tiers de confiance).

Exemple 3

Vous souhaitez organiser une élection dans votre entreprise, pour vous assurer d’avoir une élection transparente, vous allez faire appel à un organisme externe qui va contrôler l’identité des votants, collecter et compter les votes, éventuellement déclarer le vainqueur, et garder une trace des décomptes.

Dans cet exemple, c’est l’organisme externe qui joue le rôle d’intermédiaire (tiers de confiance).

Vous avez surement constaté que dans les 3 exemples, le rôle de cet intermédiaire ou organe central, est de contrôler votre identité, rendre possible les opérations, contrôler la validité de l’opération et garder une trace de l’opération dans ses registres.

Avec la Blockchain, ces intermédiaires n’existent plus, les transactions et opérations se font directement entre les participants grâce à la technologie.

De la même manière que l’avènement de l’Internet (avec l’e-mail), a permis d’échanger des courriers sans passer par un intermédiaire (La Poste), avec la technologie Blockchain (Bitcoin), il est possible d’échanger des informations (l’argent) sans intermédiaire (banque).

Un dernier exemple pour bien comprendre.

Exemple 4

Vous souhaitez envoyer un courrier à une personne, tout en vous assurant qu’elle a bien reçu et lu votre courrier. Vous allez passer par La Poste pour envoyer un courrier de type recommandé. La Poste prendra en charge le transfert de ce courrier, s’assurera de contrôler l’identité du destinataire du courrier, vous fournira un accusé de réception et gardera une trace de l’opération.

Ici, c’est la Poste qui joue le rôle d’intermédiaire (tiers de confiance).

Dans l’exemple 4, on pourrait tout à fait remplacer la Poste par la Blockchain, pour valider que le destinataire a bien ouvert l’email.

Comme une image vaut mille mots, nous allons regarder l’évolution des différents modèles.

Prenons 4 entreprises qui souhaitent s’échanger des paiements à distance.

Dans le modèle traditionnel, chaque entreprise détient son propre registre des paiements en interne et les transactions se font d’entreprise à entreprise. (P2P)

Il est évident que ce modèle ne facilite pas les échanges, car une entreprise ne traitera qu’avec une autre entreprise dont le registre est certifié ou réputé sûr ; en effet en cas de conflit, il faudra confronter les différents registres.

Dans le modèle tiers de confiance, chaque entreprise détient son propre registre des paiements en interne, les transactions se font par l’intermédiaire d’une banque qui détient elle aussi son propre registre en interne pour la résolution des conflits.

Ce modèle offre bien évidement, moins de risques que le précédent et facilite plus les échanges mais présente d’autres inconvénients (le traitement des paiements prend plus de temps, de plus il faut rémunérer l’intermédiaire – d’autant qu’il peut y en avoir plusieurs).

Dans le modèle Blockchain, l’intermédiaire est supprimé, chaque entreprise détient son propre registre en interne, par contre ce registre est sécurisé, infalsifiable et identique pour toutes les entreprises. Ce modèle présente l’avantage de réduire les temps de traitement et les coûts, tout en facilitant les échanges.

La résolution de conflits est prise en charge automatiquement par la technologie Blockchain, puisque les entreprises du réseau doivent toutes avoir un registre identique.

Comment tout cela fonctionne ?

On ne peut parler de fonctionnement de la Blockchain sans évoquer la source, celle de la première Blockchain apparue en 2008 avec la cryptocurrency Bitcoin.

Bitcoin est un réseau pair à pair (P2P) permettant de transférer de l’argent sans avoir recours à une entité centrale, telle qu’une banque.

  • Bitcoin est un grand registre partagé sur lequel on inscrit des transactions (opérations).
  • Les participants possèdent une copie du registre sur leur ordinateur.
  • La validité de ces transactions est contrôlée et vérifiée de manière automatique par les utilisateurs eux-mêmes.
  • La conséquence est que toute altération de ce registre, intentionnelle ou non, est immédiatement rejetée par le réseau.
  • Une fois qu’une transaction est inscrite sur le registre, personne ne pourra l’effacer ou la modifier.
  • Les participants font ainsi confiance au réseau, sans devoir faire confiance à chacun de ses membres.

Voyons maintenant plus en détail le fonctionnement.

Alice (Nœud) a un ordinateur qui contient un fichier de transactions (registre des opérations).

Bob (un autre Nœud) possède le même registre sur son ordinateur.

3 Contrôleurs appelés aussi Mineurs possèdent tous leur ordinateur contenant le même registre. (notez que les contrôleurs sont des utilisateurs au même titre que Bob et Alice, Alice et Bob peuvent devenir des contrôleurs s’ils le souhaitent).

Lorsque Alice effectue une transaction, par exemple en envoyant 10 CHF à Bob, son ordinateur envoie l’information à l’ordinateur de chaque contrôleur pour les en informer.

Chaque contrôleur se précipite pour être le premier à vérifier qu’Alice détient bien plus de 10 CHF sur son compte. (Car le premier reçoit une commission sur la transaction d’Alice.)

Le premier Contrôleur à effectuer la vérification et la validation, joint la preuve de vérification de la transaction (le « proof-of-work ») et l’envoie aux 2 autres contrôleurs pour validation.

Si les 2 autres Contrôleurs sont d’accord tout le monde, y compris Bob, met à jour son registre.

Bob possédant lui aussi le registre sur son ordinateur, peut voir que son compte a été crédité de 10 CHF (bien évidement le compte d’Alice a lui, été débité de 10 CHF).

Imaginons maintenant qu’Alice ne possède que 5 CHF sur son compte, mais décide de frauder pour envoyer 10 CHF à Bob, il faudrait qu’elle soit de mèche avec au moins 2 contrôleurs sur 3 pour ajouter l’opération frauduleuse dans le registre, cela ne paraît pas impossible en fait, mais une telle fraude s’avère très compliquée sur un réseau comme celui de Bitcoin avec plus de 5000 Mineurs/Contrôleurs.

Notez que selon le type de Blockchain, les informations inscrites dans le registre peuvent être différentes, avec la Blockchain Bitcoin nous avons : les 10 bitcoins qui appartenaient à Alice deviennent la propriété de Bob, or avec la Blockchain Ethereum nous avons +10 Ethers sur le compte de Bob et -10 Ethers sur le compte d’Alice.

Pour simplifier, nous avons parlé de francs suisses (CHF) pour évoquer les échanges, mais en réalité, ce sont des monnaies électroniques qui sont échangées sur la Blockchain. Vous trouverez une liste de monnaies électroniques sur le site CoinCap.

Les transactions effectuées entre les utilisateurs du réseau sont regroupées par blocs. Chaque bloc est validé par les nœuds du réseau, appelés les “mineurs”, selon des techniques qui dépendent du type de Blockchain.

Dans la Blockchain du Bitcoin, cette technique est appelée le “Proof-of-Work”, et consiste en la résolution de problèmes algorithmiques.

Une fois le bloc validé, il est horodaté et ajouté à la chaîne de blocs (Blockchain).

La transaction est alors visible par le destinataire ainsi que par l’ensemble du réseau.

Ce processus prend un certain temps selon la Blockchain (environ une dizaine de minutes pour bitcoin, 15 secondes pour Ethereum).

Une Blockchain constitue donc une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée.

Les caractéristiques de la base de données (registre) sont les suivants :

  • Contient des transactions (financières ou autres échanges de produit de valeur).
  • Existe dans un réseau P2P (peer-to-peer) sans serveur central.
  • Utilise la cryptographie et la signature digitale pour prouver l’identité et le droit d’accès.
  • Les écritures peuvent être faites par tous ou par certains des participants.
  • Les lectures peuvent être faites par tous ou par certains des participants.
  • Possède un mécanisme pour empêcher la modification de l’historique ou détecter lorsqu’un participant tente de modifier l’historique (consensus distribué pour la résolution des conflits).

Aucun de ces concepts n’est nouveau. C’est la combinaison de ces caractéristiques qui génère une véritable percée technologique.

Nous pouvons donc définir la Blockchain comme une collection de technologies et caractéristiques qu’il est possible d’assembler comme des briques de Lego pour créer un système.

En supprimant les intermédiaires, cela va surement profiter aux utilisateurs finaux, qui n’auront plus besoin de tiers pour échanger des biens et des services, cela va accélérer les échanges en réduisant le temps nécessaire aux contrôles.

Voici quelque-unes des nombreuses implémentations de Blockchains open-source :

  • Ethereum: une plateforme blockchain open-source montée par la Fondation Ethereum,
  • Hyperledgerune autre implémentation open-source, mais cette fois-ci par la Fondation Linux.
  • Corda : registre distribué open-source pour les services financiers.

Les applications de la Blockchain

La Blockchain donne la possibilité aux usagers d’Internet de pouvoir échanger des informations ayant de la valeur sans avoir besoin d’un organe central ou d’un intermédiaire.

Voici quelques applications de la Blockchain.

Smart Contract : Il s’agit de contrats qui pourront être exécutés automatiquement lorsque les conditions seront réunies (par exemple une assurance qui paierait automatiquement en cas de retard d’un vol d’avion ou de train). Dynamisapp, propose des assurances chômage complémentaires basées sur des smart contracts via la Blockchain Ethereum.

Économie de partage : Grâce au paiement P2P, il est possible de faire des échanges sans avoir besoin d’un intermédiaire. OpenBazaard : une place de marché sans intermédiaire

CrowdFunding : Il est possible de mettre en place un site de crowdfunding sans autorité centrale. DAO : La première société de financement participatif dématérialisée grâce à la Blockchain. Notez que ce projet a été abandonné suite à une attaque informatique, ils ont toutefois réussi à collecter plus de 150 millions de dollars.

Gouvernance : Les registres distribués peuvent apporter de la transparence lors des opérations de vote. Followmyvote et Apparatus sont des systèmes de votes décentralisés, sécurisés et transparents.

Audit de supply chain : La Blockchain permet d’avoir un moyen de certifier qu’un produit est authentique et d’en garder une trace. La société Everledger utilise la Blockchain afin d’assurer une traçabilité et un suivi permanents des titres de propriété de diamants, d’objets de luxe et autres objets de valeur.

Stockage de fichier décentralisé :Permet de stocker ses fichiers sur un cloud distribué, c’est à dire que vos fichiers ne sont pas stockés chez un seul prestataire comme c’est le cas chez Dropbox. Vos fichiers sont découpés en plusieurs morceaux et cryptés, puis stockés chez différents utilisateurs du réseau. Storj : est à la fois un réseau, une crypto-monnaie et une suite d’applications qui permet aux utilisateurs de stocker des données de manière sécurisée et décentralisée. Il est devenu inutile de faire confiance à une société potentiellement vulnérable ou censurable.

Trading : Dans un réseau P2P, l’exécution des échanges est instantanée entre les participants, cela supprime les intermédiaires comme les brokers ou clearing house. Nimbrix ,Australian Securities Exchange (ASX): Ici les plateformes basées sur la Blockchain permettant permettent de d’effectuer du trading.

Réseau local d’énergie ou Microgrid : permettrait de réaliser de l’échange d’énergie entre particuliers. À Brooklyn, la coopérative TransActive Grid a créé un réseau d’électricité locale qui combine énergie renouvelable et économie du partage. Grâce à la technologie Blockchain, elle permet des échanges d’énergie électrique de façon décentralisée et sécurisée entre particuliers.

Bien évidemment les domaines d’application de la Blockchain sont nombreux: la protection intellectuelle de propriété, la gestion d’identité numérique, l’IOT (internet of thing), la compliance (AML et KYC)…

Pour terminer, voici une liste de quelques sociétés en Suisse actives dans le domaine de la Blockchain

  • Lykke : lancée en 2015, elle propose une marketplace dédiée au trading d’instrument financier, la plateforme est construite sur la Blockchain Bitcoin.
  • Sweepay : il s’agit de l’entreprise qui est derrière les distributeurs de Bitcoins des CFF.
  • Ethereum Foundation : il s’agit de l’organisation qui soutient le développement de la Blockchain Ethereum.
  • Monetas : développe une plateforme basée sur la Blockchain permettant de faire des transactions financières.
  • Metaco : développe une solution de trading basée sur smart contract et une solution de paiement.
  • Xapo : fournit un portefeuille électronique (Wallet) Bitcoin en ligne et une carte de débit Bitcoin.
  • Credit Suisse : (avec l’aide des sociétés Ipreo, Symbiont, R3), a développé un Proof of concept basée sur la Blockchain pour montrer comment la Blockchain peut améliorer le crédit syndiqué.
  • UBS : avec l’aide d’IBM, développe un concept basé sur la Blockchain pour l’exécution et le suivi de toutes les étapes d’une transaction internationale.
  • Bity : Plateforme web ou vous pouvez acheter des Bitcoins et Ethers.
  • ShapeShift : offre une plateforme de trading permettant d’échanger de façon instantanée des monnaies électroniques (BitcoinEtherDashLiskNxtStorjXSteemZcash …).

Conclusion

Pour l’instant, nous sommes encore aux prémices de la révolution Blockchain, néanmoins l’impact que cette technologie aura dans notre société et dans l’économie, sera sans aucun doute, réellement aussi révolutionnaire qu’Internet.

Et vous qu’en pensez-vous ?